Une réflexion sur le travail reproductif, la performance et l'espace public
Lyon
2024, France
La recherche analyse le travail de soin à travers des performances d'artistes femmes latino-américaines réalisées dans l'espace public, comme un geste défiant le modèle colonial hégémonique dans lequel cet espace est strictement masculin. En alliant forme et contenu, les aspects graphiques de l'édition ont été choisis pour des raisons qui dialoguent et se justifient à travers le texte : l'édition est bilingue, avec des textes en français et en portugais sur le même plan hiérarchique; l'impression mixte, numérique et en risographie, combine pratiques digitales et artisanales (en assumant les erreurs et les décalages du processus) ; la reliure cousue avec du fil rouge, la couture étant un geste récurrent dans le travail de soin.
Les typographies utilisées sont Síncopa de Fer Cozzi et Baskervvol de byebyebinary.
Le texte est une réflexion sur le travail reproductif, la performance et l’espace public. Le travail reproductif, dont le travail de care constitue l’une des dimensions, a historiquement été considéré comme un travail « féminin », invisible, dévalorisé et, dans la plupart des cas, effectué gratuitement ou faiblement rémunéré. La division sexuelle du travail crée de nouvelles relations sociales, en définissant l’espace privé (et les activités qui s’y déroulent) comme un espace typiquement féminin.
Le texte cherche à comprendre et à remettre en question ce modèle à partir de l’œuvre audiovisuelle du groupe féministe bolivien Mujeres Creando, en la mettant en dialogue avec celle d’autres groupes et artistes de la performance latino-américaine des années 1990 et 2000. Chaque chapitre du texte commence par des performances dans lesquelles les artistes réalisent une activité de soin (manger, laver, se reposer, travail sexuel, laver le linge et habiter), remettant en question le modèle colonial hégémonique dans lequel l’espace public est strictement masculin, et proposant une lecture féministe de l’espace.
Les typographies, le mode d’impression, les couleurs et la reliure ont été choisies de façon à s’inscrire dans la même réflexion que celle développée dans le texte : les typographies sont dessinées par des femmes, adaptées à l’écriture inclusive et libres de droits. Pour l’impression et la reliure, j’ai choisi d’intégrer des procédés artisanaux qui créent de petites différences d’un exemplaire à l’autre, les rendant ainsi uniques. Quant aux couleurs, elles sont aussi vibrantes que les photographies des performances présentées.
Tout comme le texte, la conception graphique du livre est le résultat d’un processus de recherche minutieux. L’impression des pages d’ouverture des chapitres a été réalisée en risographie. Les pages ont d’abord été imprimées numériquement, puis sont passées par le procédé de risographie, afin que chaque exemplaire présente de petites différences qui le rendent unique. Le choix de la risographie était également stratégique pour obtenir la teinte de rouge idéale, tout en conservant les couleurs intenses des photographies des performances qui ouvrent chaque chapitre.
Pour le corps du texte, j’ai opté pour la typographie Baskervvol, créée par le collectif français byebyebinary, pionnier dans le débat autour des typographies inclusives. Inspirée de la Baskerville, cette police remet en lumière l’histoire invisibilisée de Sarah Eaves, compagne et collaboratrice de John Baskerville, dont la contribution à la création des caractères typographiques n’a jamais été reconnue. L’utilisation d’une police libre de droits comme Baskervvol contraste également avec l’exigence de polices propriétaires, telles que Times New Roman, dans les textes académiques.
Enfin, la reliure a été réalisée manuellement, à l’aide d’une couture. Cette méthode, en plus de son caractère artisanal, possède une dimension symbolique liée au travail de soin: coudre des vêtements, des chaussettes, des aliments, des couvertures, de la peau.